Développement précoce du surpoids : les périodes critiques pendant la petite enfance

En Europe, les enquêtes épidémiologiques révèlent une forte augmentation de l’obésité chez les enfants : en quarante cinq ans (1955-2000), le pourcentage de l’obésité infantile est passé de 3 à 16%. Aujourd’hui, 15% des enfants sont en surpoids dès la maternelle. Il est donc urgent de mieux comprendre cette pandémie…

Les adipocytes sont les cellules constitutives du tissu adipeux. Ils se différencient très précocement au cours de la période fœtale, c’est-à-dire dès la 19ème semaine. Leur augmentation débute vers la 30ème semaine de vie intra-utérine et progresse jusqu’à la première année de vie. À un mois de vie, on évalue leur nombre à 5-6 milliards, puis, de 1 à 6 ans, leur nombre se stabilise à 10 milliards. Après 7 ans, c’est le rebond d’adiposité, avec un développement qui atteint les 30-40 milliards à 16 ans.

Les courbes de poids en fonction de la taille ont été établies par le « National Center for Health Statistic » en 1986. Ces courbes, contenues dans les carnets de santé, constituent un premier outil de dépistage de l’obésité infantile.

  • Quels sont les constats ?

Chez les enfants obèses, on a observé une hyperplasie et une hypertrophie du tissu adipeux. Or, l’acquisition de nouveaux adipocytes est un processus irréversible ! On observe trois périodes cruciales : (a) les premiers mois de vie, (b) entre 3/5 et 7 ans et (c) l’adolescence.

L’âge du rebond d’adiposité chez l’enfant prédit l’adiposité de l’adulte :

  • plus l’âge du rebond est précoce (avant 6 ans, ou, très précocement, avant 3 ans), plus fort sera le risque d’obésité infantile.
  • Par ailleurs, plus le rebond d’adiposité est précoce, plus l’âge osseux est avancé (dans sa maturation).

Quelles sont les explications possibles ? Diverses enquêtes ont permis de mettre en avant un certain nombre de pistes :

– un faible poids à la naissance, qui pourrait provoquer que l’enfant, pour « rattraper » une sous-alimentation durant la grossesse, « réclame plus » que le nécessaire ;
– une mère diabétique pendant la grossesse ;
– un poids élevé prédispose aussi à l’obésité et à l’insulinorésistance ;
– les attitudes et les croyances de certaines mères influencent le comportement alimentaire ;
– le sevrage précoce (avant 4 mois)…

Il convient aussi de mentionner les comportements à risque, surtout dès les plus jeunes âges (2-3 ans) : consommation abusive de boissons sucrées, exagération dans les portions de repas, non-consommation de fruits et légumes, augmentation du temps passé devant la télévision, non-participation aux activités physiques, etc.

Si l’intervention des institutions de santé publique depuis quelques années devrait obtenir à terme des résultats positifs, il convient, au regard de la pandémie actuelle, d’agir au plus vite en étudiant aussi les mécanismes de régulation hormonale et de régulation nerveuse.

Il faut encourager l’intérêt grandissant pour trouver des réponses efficaces, afin de freiner dès à présent les chiffres de l’obésité infantile. Sans cela, l’obésité adulte sera en constante progression dans la prochaine décennie.

 

Source :

–     UNITE INSERM 780 –FACULTE DE MEDECINE/UNIVERSITE PARIS SUD LE KREMLIN –Bicêtre -2008. Jérémie Botton, barbare Heude, Jean Maccario, Pierre Ducimetière, Marie Aline Charles & the FLVS Study group.

AMERICAN JOURNAL OF CLINICAL NUTRITION – JUIN 2008 87/1760-1768

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